Tribute to Zazen trio & Portrait of Lionel Fortin

Il n'est pas très vieux, et pourtant, ne pas lui rendre hommage serait une faute. Car, il peut tout, tout jouer, tout entendre. Il est un musicien rare, prodigieux, capable de donner le change aussi bien au griot africain qu'au guitare héro, au batteur fou qu'au violoniste virtuose.

Du jean délavé au smoking, du Steinway au Moog, de Bach à Keith Jarett, du logiciel dernier-cri aux feuillets manuscrits... M. Fortin est bien de sa génération ! Une génération synthétique. Je l'ai rencontré lors d'un projet sur l'Afrique. Je reconnus immédiatement le bon artisan, rompu à toutes formes d'exercices. S'il fait partie de ce club fermé des musiciens-virtuose, il est aussi capable de se mettre au service d'un projet, des Autres.

Son jeu pianistique, sa virtuosité, son lyrisme sont exceptionnels. Rien dans sa musique n'est prémédité, aucun effet, nul cliché. De la musique, juste de la musique, ou plutôt, une "musique juste", équilibrée, dans laquelle Urgence, Beauté et Inouï le disputent à la tendresse, l'élégance et à l'humour.

Pour cette aventure des Songbooks, il est entouré de deux formidables sidemen : Christophe Jodet à la contrebasse et Didier Ottaviani à la batterie. Solides, sobres, maîtres de leur instrument, sages et audacieux, constamment à l'écoute du maestro. Si les entendre jouer est un enchantement pour les oreilles, les voir travailler en répétition n'en est pas moins émouvant.

Eux aussi ont fait marche arrière, commençant leur carrière par le Rock. Cela aurait pu être un handicap pour les Songbooks, il n'en fût rien. Car du Rock ils ont gardé le meilleur : l'énergie, la spontanéité. Enfin, n'oublions pas que leur force et leur cohésion résident, outre l'amitié qui les lie, dans le fait qu'ils soient tous trois compositeurs de talent. Ainsi on-t-il pu déjouer pièges et maladresses qui parfois se cachent dans un manuscrit. Si le musicien de jazz est réputé pour être un redoutable improvisateur, il sait mieux que personne interpréter une partition, fusse-t-elle des plus éthérée. Le jazz est à la musique ce que la poésie est à la littérature.

Vous l'aurez compris, écrire pour Zazen est une chance. Zazen trio est une Ferrari ! Les acrobaties ne leur font pas peur. A nous compositeurs d'être à la hauteur, de tracer un circuit digne de la cylindrée. Un jour ou j'avais abusé de "virages", de modulations (comme d'autres abusent de l'alcool) Lionel me dit en souriant " C'est tout ? ". Les autres hilares " Même pas peur ! ". Des sales gosses en fait, très sympathiques (rires).

M. Fortin porte bien son nom. Car oui, il est une forteresse, difficile d'approche. Il est aussi, hélas, un Stradivarius, rangé dans son étui ; car, pour le moment les grands médias et bon nombre de "gens de la profession" sont passés à côté de lui sans le voir. Souhaitons (s'il le désire encore) que cela change, pour le bonheur de tous et non de quelques privilégiés dont je fais partie.

Il m'en voudra d'écrire de telles choses sur lui. Je connais sa modestie, son élégance.

Nous vivons une époque formidable ! Nous avons tout ; ce "tout" est à notre disposition, même un Fortin ! Enfants gâtés que nous sommes, tâchons d'ouvrir les oreilles, écoutons ce qu'il a à nous dire...

Little portrait of Christophe Jodet

Tu portes le nom d'un roi. Et tu en as le comportement. Si nous devions énumérer les qualités qui sont tiennes et font ton rayonnement auprès des meilleurs groupes de la région, une page entière n'y suffirait pas. Tant pis, je me lance ! D'abord, une qualité d'écoute exceptionnelle, puis, une vraie et saine curiosité (un livrivore ! rare chez les musiciens), ensuite, une gentillesse désarmante alliée à une diplomatie redoutable. Enfin la plus belle de toutes selon moi : une immense disponibilité. Pas étonnant que j'ai du mal à te mettre la main dessus. Tous te courent après. Comme ils ont raison !

Little portrait of Didier Ottaviani

Les batteurs en font toujours trop. Pas lui. Didier, ce que je puis en dire ? C'est un concentré d'humour et de pudeur, de finesse et de sensibilité, un pince-sans-rire comme je les aime, à la B.Blier. Cette bonhommie ne doit pas nous faire oublier qu'il est un redoutable musicien, capable d'accompagner aussi bien l'hippopotame que la libellule !

Little portrait of Patrick Calafato

Cet homme n'est que musique. L'alto et la voix sont ses instruments de prédilection. L'un venant influencer l'autre, pour le bonheur de nos oreilles. Ses goûts sont pour le moins, éclectiques. Ils vont De Nina Hagen à Klaus Nomi, de Jordi Savall à Farinelli, d'Haendel à la Techno. Nous connaissons Jaroussky, pas encore Calafato. Cela va venir. Les compositeurs vont se pencher sur lui. Comme j'aimerais lui écrire quelques pages ! J'attends le feu vert des "institutions".

Little portrait of Anne Meurisse

Souplesse, chaleur et sensualité. Une voix pour le jazz. Encore un peu de travail sur les aigus et ce sera parfait. C'est que Mme Meurisse est amatrice. Son boulot d'institutrice lui prend tout son temps et beaucoup d'énergie. Comme ses élèves ont de la chance ! L'Education Nationale encore plus ! Elle fut une de mes élèves à l'IUFM. Lors d'une séance, elle entonna un Satin Doll digne des plus grandes divas du jazz. Je me dis alors deux choses : un, qu'il y avait erreur de casting ; deux, que je l'emploierais dans mes disques à venir. Ce que je fis (en tardant comme toujours !). Son interprétation de Multicolhome est plus qu'une simple promesse... cette chanson était pour elle.

Remerciements pour Ombres & Lumières

Je tiens à remercier les musiciens qui ont participé à ce projet. Notamment Benoit Michelena, Guillaume Ringwald et Alain Jacquemin. Sans eux, sans leur talent, leur persévérance, ce projet musical nâaurait pu voir le jour. Un puzzle de mille pièces les attendait, dont certaines défectueuses. Les prises de sons effectuées à Dakar étaient de qualité â douteuse â ; car prises dans des conditions logistiques et climatiques â improbables â. Le résultat sonore du mixage est à mes yeux â acceptable â ; voire inespéré compte tenu des paramètres précités. Le manque de moyens logistiques, sâil pénalise le discours artistique, fait parfois des miracles en matière dâauthenticité, véhicule d'émotion. Nous aurons peut-être un jour lâoccasion de remixer cet album, il faudra alors garder certaines de ses imperfections, synonymes de fraîcheur, dâaventure.

Merci Benoit pour tes merveilleux quatuors ! J'espère bien que les "instances" de la musique te passeront commande. Tu es à mes yeux, mes oreilles surtout, l'un des meilleurs compositeurs de notre région. Merci Guillaume pour ta bonne humeur, ton talent et pour ton â premier â quatuor à cordes ; on dirait du Schoenberg ! Merci Alain pour ton expérience, ton extrême vigilance, ta grande gentillesse. Quant à toi Lionel Fortin, je nâai pas de mots pour dire combien tes claviers, ton piano embellissent cet album. Ta connaissance de la musique et de lâAfrique nous a été précieuse ! Enfin, un grand merci à Patrick Calafato, haute-contre et altiste à la musicalité incroyable. Sans sa présence, notre chevalier St-George serait retourné illico dans les oubliettes de l'histoire. A tout les autres, je voudrais laisser un petit mot, mais jâai peur que le texte soit trop long et donc â coupé au montage â par nos amis journalistes qui, ont le sait, courent toujours après le temps. Je le ferai en une autre occasion !